Randonner avec un âne de bât en Aveyron

- Pourquoi randonner avec un âne ?

D’abord l’âne portera vos sacs, ainsi vous voyagez léger. Comment ne pas être tenté par ce moyen de randonner qui convient à toute la famille, qui peut se conjuguer sur le rythme de balades tranquilles le long de sentiers de moyenne montagne et sur un mode plus sportif pour des randonneurs aguerris mais las de traîner sur les pentes de pesants sacs à dos ?

Mais randonner avec un âne ce n’est pas seulement "mettre des pattes à vos sacs à dos". L’âne deviendra un véritable compagnon de randonnée. Il pourra au premier abord vous sembler distant mais il saura très vite vous montrer son affection. Chaque jour, vous découvrirez ses préférences, ses craintes et vous ferez avec.
Randonner avec un âne nécessite de partager sa randonnée avec l’animal, de tenir compte de son caractère. On doit s’adapter à cet animal, aux réactions parfois curieuses et tenter de le comprendre lorsqu’il refuse un obstacle, ou quand il réagit différemment de nous... Il faut lui parler calmement, le rassurer et trouver une solution qui soit en accord avec ses possibilités. Un âne vous écoute, il vous suit parce qu’il a envie de vous faire plaisir, il ne fera rien par la force... On dit souvent que le cheval obéit mais que l’âne participe.
Au bout de quelques heures de marche, vous deviendrez son seul repère, il vous suivra aveuglément, il vous offrira sa fidélité, sa gentillesse et son affection...

J’aime l’âne...

J’aime l’âne si doux
Marchant le long des houx.

Il prend garde aux abeilles
Et bouge ses oreilles ;

Et il porte les pauvres
Et des sacs remplis d’orge.

Il va près des fossés,
D’un petit pas cassé.

Mon amie le croit bête
Parce qu’il est poète.

Il réfléchit toujours.
Ses yeux sont en velours

Jeune fille au doux cœur,
Tu n’as pas sa douceur :

Car il est devant Dieu
L’âne doux du ciel bleu.

Et il reste à l’étable,
Résigné, misérable,

Ayant bien fatigué
Ses pauvres petits pieds.

Il a fait son devoir
Du matin jusqu’au soir.

Qu’as-tu fait jeune fille ?
Tu as tiré l’aiguille…

Mais l’âne s’est blessé :
La mouche l’a piqué.

Il a tant travaillé
Que ça vous fait pitié.

Qu’as-tu mangé petite ?
- T’as mangé des cerises.

L’âne n’a pas eu d’orge,
Car le maître est trop pauvre.

Il a sucé la corde,
Puis a dormi dans l’ombre…

La corde de ton cœur
N’a pas cette douceur.

Il est l’âne si doux
Marchant le long des houx.

J’ai le cœur ulcéré :
Ce mot-là te plairait.

Dis-moi donc, ma chérie,
Si je pleure ou je ris ?

Va trouver le vieil âne,
Et dis-lui que mon âme

Est sur les grands chemins,
Comme lui le matin.

Demande-lui, chérie,
Si je pleure ou je ris ?

Je doute qu’il réponde :
Il marchera dans l’ombre,

Crevé par la douceur,
Sur le chemin en fleurs.

Poème de Francis Jammes (1868-1938) « De l’Angélus de l’aube à l’Angélus du soir, 1898 »